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Archive pour mai 2010

Cela chauffe pour le Dr Leray à St Antoine (1901-1902)

Au début de la radiologie dans les Hôpitaux de Paris, il n’y avait que 4 Laboratoires officiels (créés en 1900) subventionnés par le conseil municipal de la ville de Paris. A savoir :
Necker, dirigé par G. Contremoulins
La Salpêtriere : Par A . Londe, puis par Infroit.
Baudelocque puis Lariboisiere, supervisé par C.Vaillant.
Saint Antoine, le seul dirigé a l’époque par un médecin le Dr Leray. Les trois autres étant tous issus du monde soit de la physique soit de la photographie.

Chaque laboratoire avait une circonscription , une liste d’hôpitaux, pour st Antoine, par exemple il devait desservir entre autres, Hérold et Tenon. Les patients était donc envoyés par voitures hippomobiles au laboratoire de sa circonscription.

Cette belle organisation va évidement susciter quelques problèmes, en particulier sur les délais de réaction et de rendus. Ce sera un des arguments majeurs de la communauté médicale pour demander l’extension des laboratoires (chose faite en 1908).

Dans les cotes 9 L , on trouve pas mal de documents émanant des hôpitaux clients qui se plaignent du travail et surtout de la qualité des documents restitués.

Que l’on en juge :

Déjà en 1901 3 mois après le début du démarrage du Laboratoire de St Antoine, Le Dr Broca demande son rattachement à la Salpetrière dans une entrevue avec le directeur , celui lui répond dans une lettre daté du 24 septembre 1901:

« Vous m’avez exprimé le désir que l’hôpital tenon soit rattaché pour le service de la radiographie au laboratoire de la Salpetrière au lieu de l’être à celui de l’hôpital de Saint Antoine.
Permettez moi de vous faire remarquer que le laboratoire de radiographie de l’hôpital Saint Antoine ne fonctionne que depuis trois mois au cours desquels le chef de Laboratoire a été absent un mois.
Je crois pouvoir vous assurer que ce laboratoire vous donnera pleine satisfaction et j’ai appelé l’attention de son chef, M. le Dr Leray pour que tous les soins soient apportés dans l’exécution des des épreuves qui lui seront demandées.

Afin d’obtenir la transmission des épreuves , le directeur de Tenon avisé par téléphone aussitôt que celles ci seront prêtes, devra les envoyer chercher par un exprès…

Il termine sa lettre en ajoutant les deux arguments qui seront souvent repris pour refuser cette dérogation, la distance et la charge de travail de La Salpêtriere.
Deux jours plus tard il adresse une lettre au Dr Leray :
« Vous savez que les services de chirurgie et de médecine de l’hôpital Tenon sont rattachés en ce qui concerne la radiographie, la radioscopie, et la photographie au laboratoire de l’hôpital de Saint Antoine, dont vous êtes chargé.
Afin d’assurer la transmission sans retard des épreuves une fois terminées, je vous serais obligé de vouloir bien veiller à ce qu’avis en soit donné par téléphone au directeur de l’hôpital Tenon chargé de faire aussitôt prendre ces épreuves par un exprès.
Je compte que vous apporterez tous vos soins dans l’exécution des épreuves qui vous seront demandées. »

Vous remarquerez que le directeur s’inscrit dans l’organisation des transmissions des documents en utilisant les dernières technologie de cette période…le téléphone , fixe !

3 mois plus tard, la cela va être plus délicat pour Notre Bon Dr Leray, en effet, conjointement et à un mois d’intervalle Albarran de l’hôpital Hérold, Lejars, et Broca vont demander leur rattachement à la Salpêtriere avec des plaintes cette fois ci , cela commence par l’hôpital Hérold,

Une lettre du directeur de cet établissement demande son rattachement à la salpêtrière le 16 janvier 1902

« Par lettre du 22 juillet 1901 j’étais informé que l’hôpital Hérold était rattaché au laboratoire de radiographie de l’hôpital St Antoine où nos petits malades étaient conduits chaque fois que le chirurgien le demandait.

Le dr Albarran désire aujourd’hui que les radiographies soient faites à la Salpêtriere, estimant insuffisantes celles qui lui sont venues de St Antoine à différentes reprises. Ne pouvant déroger sans autorisation, à la règle établie, j’ai répondu à M Alabarran que je vous transmettrais cette demande et le tiendrais au courant de la décision que j’ai l’honneur de vous prier de bien vouloir prendre »

Cette dérogation sera refusée le 14 mars avec les raisons invoquées de la distance et de la charge de travail, toutefois ile ajoute a sa lettre :

« Le dr Albarran peut être assuré toutefois que j’ai appelé l’attention de M. le chef du laboratoire de radiographie de l’hôpital st Antoine pour que tous ses soins soient apportés dans l’exécution des épreuves qui lui seront demandées »

Le 3 février 1902 le dr Lejars chirurgien de Tenon fait la même demande de rattachement à la salpêtrière

« …Je regrette d’avoir à dire que les radiographies qui nous ont été fournies par le laboratoire de Saint Antoine ne sont pas suffisantes, et que dans l’état actuel de la chirurgie il est réellement malheureux de ne pouvoir faire profiter les blessés de toutes les ressources de cette précieuse méthode; la loi sur les accidents du travail et ses conséquences rendent encore plus regrettable cette difficulté d’un diagnostic précis, chez un grand nombre de nos ouvriers.

J’avais pensé que les radiographies exécutées à St Antoine s’amélioreraient , cela ne s’est pas produit; j’avais espéré encore qu’au 1 er Janvier la situation antérieure serait rétablie, il n’en est rien, parait il. Nos malades de Tenon ont toujours la mauvaise chance d’être dirigé vers une installation, tout aussi lointaine que la Salpetrière, et d’où ils nous rapportent des épreuves bien inférieures et beaucoup moins utilisable pour le reste du traitement.

J’ai l’honneur de vous prier, Monsieur le Directeur de m’autoriser à faire radiographier , comme par le passé , au moins le les fractures importantes ou complexes et les plaies avec corps étrangers, en un mot, les traumatismes où la radiographie est réellement à l’heure actuelle de n”nécessité absolue, et qui peuvent donner lieu ultérieurement à des actions judiciaires , comme les accidents de travail, à faire radiographier les blessé de Tenon au laboratoire de la salpêtrière

Veuillez agréer …. »

Lejars

 Cette fois, les choses sont dites et sérieuses, c’est carrément d’incompétence dont est taxé notre Leray, et un argument d’ordre juridique apparaît au décours de la nouvelle loi sur les accidents de travail qui vient de rentrer en application et qui à caussé beaucoup d’angoisse au chirurgien et au médecin.
Là le directeur se faĉhe : (note en marge de la lettre du 7 fevrier du directeur de Tenon)
“Il faut appeler Leray et lui faire des observations”
et fait convoquer le Dr Leray par le chef de service des Hôpitaux et Hospices qui rédige une note le 7 mars :
“Vu le docteur Leray auquel conformément aux instructions de monsieur le Directeur je réitère nos observations.”
4 jours plus tard Leray fait parvenir un document au directeur dans lequel il plaide sa cause :
« Je viens d’apprendre avec regret, par M. Thiniere, qu’il y avait des plaintes émanant de MM les dr Broca, Lejars, Albaran, concernant le travail fourni par le laboratoire de radiographie que je dirige à l’hôpital st Antoine…/..il est arrivé que certaines épreuves n’avait pas la valeur démonstrative que l’on peut demander aujourd’hui à la radiographie.
Il est deux raisons capitales qui expliquent la cause occasionnelle des critiques formulées: 1° l’insuffisance de local actuellement mis a ma disposition; 2° l’insuffisance du personnel( je n’ai en effet qu’un préparateur et un garçon, aux appointements de 50 fr par mois, ce qui ne me permet d’être d’une exigence par trop rigoureuse, et me force en revanche à payer de ma personne plus que de mesure…. »

Leray va développer ses deux arguments : L’insuffisance des son local, (voir la photographie de son laboratoire de l’époque qui lui sert

“1° de salle d’attente des malades,
2° de salle d’opération radiographique,
3° de salle de manipulations photographiques,
4° de cabinet pour l’inscription des malades,
5° de cabinet pour l’enregistrement et le classement des clichés”.

D’où une surpopulation :
« Quand il vient à la fois 4 ou 5 malades des hôpitaux de la circonscription , accompagnés ou non d’infirmière ou infirmiers, que de plus on amène des cas urgents pour l’hôpital St Antoine, il nous est arrivé d’être 10, 12 ou même plus dans cette unique pièce. Or cette pièce sert de salle d’opération de là nait tout d’abord la difficulté de ne choquer la pudeur de personne, et complication des opérations »

Les mesures de radioprotections étaient « méconnues », sans parler de la qualité de l’air avec un tel confinement des personnes dans ce petit volume.

Mais Leray se défend comme il peut en citant ses travaux scientifique et publications faites a partir de ses documents.
Ses beaux arguments ne suffiront pas, 5 mois plus tard, Le Dr Souligoux remplace Lejars comme chirurgien pendant le mois d’aout 1902. Et lui adresse une lettre au siège demandant pour cette fois ci que se soit Vaillant à Lariboisiere qui prenne en charge ses patients. Le 2 Aout 1902 :
« Il s’agit d’une radiographie très délicate et je serai heureux qu’elle fut faite par M. Vaillant à qui je pourrai moi même donner les indications précises. »
Cela lui sera refusé avec les même arguments de distance et de surcharge que pour les demandes précédentes.

Ce laboratoire de Saint Antoine, ne passera pas a postérité, l’ombre de Béclère sera trop importante, et même en 1914 au moment de la mobilisation , Cally faisant son enquête dans tout les laboratoires pour en faire le bilan, aura des mots assez durs sur la tenue de ce service par son chef.

Insertions dans la table des Cotes

Plus de 70 documents ont été inséré dans la table des cotes.

Cette table recense tous les documents concernant la radiologie depuis le début, 1896 jusqu’en 1920, ils sont issus soit des fonds des hôpitaux, soit du fond du cabinet du siège.

Il y a à ce jour plus de 1000 documents recensés à ce jour (1096 exactement). Bon nombre on déjà fait l’objet de petit articles dans ce blog.

Je vous en réserve encore certain, en particulier de Necker, de st antoine et de Tenon…

A bientôt

L’ attraction du service de Necker en 1904 et ses conséquences financières

Si Contremoulins fait des rapports d’activité au directeur général, son directeur en fait de même en apportant un éclairage sur le budget de ce service, alors en pleine phase d’extension, ce qui va d’ailleurs vite poser des problèmes de délais  et de budget.(Cote 9L 120 , rapport d’activité 1904)

le tableau ci dessous retraité avec un ajout de deux colonnes  permettant des comparaisons entre Hôpitaux

Établissement Nb de malades Nb d’épreuves Dépenses nb incidence dep par mal.
Hôtel dieu 1 2 9,02 2 9,02
Pitié 86 171 401,08 2,0 4,66
Charité 116 237 539,38 2,0 4,65
Necker 420 843 1933,16 2,0 4,60
Cochin 84 185 422,95 2 5,04
Beaujon 1 4 16,55 4 16,55
Lariboisere 1 2 3,64 2 3,64
Laennec 169 357 816,12 2,1 4,83
Broussais 21 55 113,45 2,6 5,40
Boucicaut 99 192 394,22 1,9 3,98
Maison de santé 1 1 4,51 1 4,51
Maternité 8 16 41,56 2 5,20
Baudelocque 6 23 54,33 3,8 9,06
Enfants malades 379 738 1543,64 1,9 4,07
Enfants assistés 44 89 202,13 2,0 4,59
St louis 3 10 18,2 3,3 6,07
Ménages 1 6 15,72 6 15,72
Ivry 1 2 3,64 2 3,64
Total 1441 2933 6533,3 2,04 4,53

Un regroupement par pôle géographique et un calcul de pourcentage sur l’activité  nous permet d’affiner notre étude.

Établissement % de mal % des dép
Necker 29,15% 29,59%
Enfants malades 26,30% 23,63%
Laennec 11,73% 12,49%
67,18% 65,71%
Cochin 5,83% 6,47%
Maternité 0,56% 0,64%
Baudelocque 0,42% 0,83%
Enfants assistés 3,05% 3,09%
9,85% 11,04%
Charité 8,05% 8,26%
Broussais 1,46% 1,74%
Boucicaut 6,87% 6,03%
8,33% 7,77%
Pitié 5,97% 6,14%
5,97% 6,14%
Hôtel dieu 0,07% 0,14%
Beaujon 0,07% 0,25%
Lariboisere 0,07% 0,06%
Maison de santé 0,07% 0,07%
St louis 0,21% 0,28%
0,49% 0,79%
Ménages 0,07% 0,24%
Ivry 0,07% 0,06%
0,14% 0,30%

Si Necker représente 30 % des dépenses pour 30 % des malades, il reste 71 % des dépenses qui reste à la charge de l’hôpital et qui sont imputable aux autres hôpitaux. Ce fait ne va évidemment pas manqué de sauter au yeux du directeur qui souhaite une compensation inter-hospitalière. Chose qui n’existe pas à cette époque.

Voyons un peu les dépenses de ce laboratoire

Le salaire de Contremoulins, de son préparateur, de son mécanicien et d’un garçon sont prélevés sur la subvention municipale allouée à ce laboratoire qui s’élève à16500 fr pour les dépense dites ordinaires (personnel et entretien) , une autre de 6000 fr «  pour la construction et l’achat d’appareil ».
Donc on peut dire que Contremoulins n’est pas un agent de l’Assistance Publique. Par contre depuis 1903 une infirmière , puis une seconde lui ont été adjointe au cadre de son laboratoire, lesquelles bien sur sont à la charge du budget hospitalier.
Ces deux subventions sont loin de couvrir la totalité des dépenses, ainsi le directeur a été obligé de comblé le déficit sur ces crédits hospitaliers pour un montant de 15 220 fr dont il donne la réparti dans le tableau suivant

Nature de la dépense Dépense totale

Répartition de la dépense

Crédit spécial de 16.500 fr Crédit hôpitalde 6000 fr

Budget ordinaire

Sommes

Sous chapitres

Personnel Technique

13 804,80

13 804,80

 

 

 

Personnel Hospitalier

1 678,91

 

 

1 678,91

VIII personnel Hospitalier

Mobilier commerce

260,97

260,97

 

 

 

Mobilier magasin

29,00

 

 

29,00

XVII Mobilier

Eau

500,00

 

 

500,00

XX Eau salubrité

Chauffage

1 114,91

 

 

1 114,91

XV Chauffage électricité

Gaz

300,00

 

 

300,00

idem

Électricité

1 840,89

 

 

1 840,89

 

Prod. pharmaceutiques

1 610,15

 

 

1 610,15

 

Prod. chimiques

1 378,55

1 378,55

 

 

 

Instruments

1 679,48

451,65

 

1 227,83

XVIII Appareils

Quincailleriemat.premiere

3 204,64

 

3 204,64

 

 

Forge et outils

373,55

 

373,55

 

 

Transformateur

2 000,00

 

2 000,00

 

 

Verrerie

104,27

81,02

 

23,25

XVII Mobilier

Plaques radiographiques

5 247,65

 

 

5 247,65

XVIII Appareils

Papiers et carton

1 645,90

 

 

1 645,90

XVIII Appareils

Frais de voitures divers

488,55

486,95

 

1,60

 

Total

37 262,22

16 463,94

5 578,19

15 220,09

 

Un tiers des dépenses à la charge de l’hôpital, sont dues à l’achat de surfaces sensibles, l’achat de papier et cartons vaut autant que le salaire annuel des deux infirmières et les produit pharmaceutiques.
Ce qui agace le plus le directeur c’est le fait que Necker paye pour les autres hôpitaux des charges indues… « il n’est pas logique de grever le budget de l’hôpital Necker de dépenses qui intéressent d’autres hôpitaux. Sur 2933 opérations radiographiques exécutés, 843 seulement concernent des malades de Necker. »
De plus , on retrouve une vieille polémique d(affectation budgétaire entre la recherche et l’hôpital: En outre, le laboratoire de Necker ne sert pas exclusivement aux malades, c’est aussi un laboratoire d’études, on y fait des expériences des recherches, on y construit des appareils pour d’autres laboratoires.

Et pour bien enfoncer le clou il termine par un dernier tableau qui montre l’accroissement de l ’activité et des dépenses


Années Nb de malades Dep subventionés Charge de l’hop. Dep totale

Si l’on fait un ratio entre les charges supporté par le budget de Necker sur les 4 années d’activités du laboratoire par rapport à la dépense totale, celui varie entre 33 % et 41 % , ce qui nous paraît énorme, et l’on comprend le désir d u directeur pour que ces charges soient reporté sur les hôpitaux qui envoie leurs malades.

Il ne sera pas entendu sur ce point.

Je n’ai pas retrouvé dans les cotes des autres laboratoires ( Salpêtriere, Saint Antoine, Lariboisiere) de document de ce types nous permettant de croiser les données.

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